LENNY KRAVITZ / NORTH ELEUTHERA AIRPORT / BAHAMAS

LENNY KRAVITZ / NORTH ELEUTHERA AIRPORT / BAHAMAS


LENNY KRAVITZ : 'UNDERCOVER' 

For two years, Lenny Kravitz has been living in a shag-carpeted Airstream trailer on a beach in the Bahamian isle of Eleuthera.

"It takes 45 Minutes to escape Miami Ocean Drive. North Eleuthera is a forgotten airstrip at the end of the island. Another 40 Minutes with my Jeep to get to my place, a shack at the beach. Undercover life begins instant," whispers Lenny.

"I have a few shirts and a couple pairs of pants, and all I do is hose them down, hang them up and rotate them," says Kravitz, whose late mother, actress Roxie Roker, grew up nearby.

"I have no keys, no shoes and no money. I just live, and it's good." While he was chilling out, Kravitz found time to record his ninth LP – the funk-rock-soul odyssey Black and White America – in the studio he built about 500 sandy yards from his trailer. "There was a real freedom," says Kravitz, 47. "Being in nature was so conducive to feeling no pressure – just feeling."

Sounds like the less you have, the happier you are. True?
The more I do that, the more I see that is the case. Mind you, I can go completely against that – I have a big house in Paris, which fulfills the city side of me with the ballet, opera, museums, great food and fashion. But I'll tell you, living in the Bahamas is far more satisfying. My day-to-day decisions are, like, "What kind of fish do I want for dinner?"



You put DJ Military, a local guy from Eleuthera, on your new song "Boongie Drop." Did he freak out when he heard that Jay-Z is on that one too?
It's like living in Mayberry. He said, "Yeah, cool, man." That's his whole reaction! I brought Mick Jagger there once. We went to a shack to get a beer, and they asked, "So, what do you do?" He was like, "I make music." "What kind of music?" "Rock & roll." "Oh, great." Then the guy started talking about fishing.

I get a major Quincy Jones vibe from some of these songs. What are your favorite productions by him?
We could go back to his jazz days, but from that Seventies period, I'd say the Brothers Johnson record with "Strawberry Letter 23" [Right on Time]. That's the shit! And of course, Off the Wall, which is my favorite Michael Jackson solo record.

The album cover is a photo of you as a kid, with a peace sign drawn on your face. Where'd that come from?
The picture was taken by my dad when I was in the second grade, I believe, in the schoolyard of P.S. 6 on 82nd Street and Madison Avenue. There was a sort of school bazaar going on, and my mom had a little booth where she was painting kids' faces. I found that photo about six months ago, and it was reaffirming to me.

You mean because some people used to think your peace-and-love vibe was contrived?
Yeah. But I've always been that guy. In my kid pictures, I'm wearing ruffled sleeves and necklaces and bracelets and peace signs. That's me.

Did your parents talk to you much about race?
When I was five, my mother told me, "You're not one side or the other, you're both – but society is only going to view you as black." It took years to understand that. In junior high, I'd go out with a girl who was white, meet her parents, and it wasn't always a warm reception. Even if it was a Jewish girl, the fact that I'm half Russian Jew didn't matter – it was, "Oh, he's black." That's what my mom was talking about.

What kind of music did you hear through them growing up?
All over the place. I was listening to Band of Gypsys, Crosby, Stills and Nash, Harry Belafonte, classical music... They both loved music, period. We'd go see Duke Ellington at the Rainbow Room, go to Lincoln Center to see an opera, go to the Apollo to see James Brown. They loved art. That's why they were together.

I noticed the clock reads 4:20 in your new "Stand" video. Your idea?
I did that. I thought it would be funny.

Are you a big wake-and-baker?
Dude, I was probably the biggest one next to Bob Marley. To be quite truthful, it went on from when I was 11 up until maybe 12 years ago. Wake up, yawn, smoke a joint, put it down, go to bed. Now I'll smoke every now and again. Life's just too intense.


'I'M SURFING ON THE BIG WAVE OF LIFE. HANGING ON! ONCE YOU FALL THE WAVE PULLS YOU UNDER!'

'I'M SURFING ON THE BIG WAVE OF LIFE. HANGING ON! ONCE YOU FALL THE WAVE PULLS YOU UNDER!'

LENNY A TROUVÉ SON PARADIS

Pas de limousine ni de gardes du corps, juste le ciel, le soleil, la mer et... une plage privée d’un demi-kilomètre de long. Quand il est dans sa propriété des Caraïbes, Lenny Kravitz débranche. L’île d’Eleuthera compte seulement 10 000 habitants et très peu de touristes. A part ses cousins (la mère de Lenny était originaire des Bahamas), personne là-bas ne s’occupe de savoir qu’il est une rock star dont les tubes comme «Are You Gonna Go My Way» et «Stand by My Woman» occupent les hit-parades depuis vingt ans. Lenny Kravitz peut sereinement faire le plein d’énergie pour sa prochaine tournée, qu’il entame le 17 avril, et qui le conduira notamment à Bercy le 20 mai. Elle accompagne la sortie, le 19 avril, de « Let Love Rule, 20th Anniversary Deluxe Edition », la version remasterisée de son premier album. Exceptionnellement, il a reçu nos reporters dans son éden, pour évoquer son succès, sa musique, sa fille Zoë – et même un sujet jusque-là tabou : son histoire d’amour avec Vanessa Paradis. Au Bahamas, loin des casinos, sur l'île sauvage d'Eleuthera, le rockeur américain vit sur le sable, dans le bungalow bâti au bord de sa propre plage.

A défaut d’avoir épousé la Paradis, il a trouvé le sien. Pour arriver chez Lenny Kravitz, le chemin est long, passé le tumulte de Nassau, la capitale des Bahamas, avant de rejoindre Eleuthera. Cette île de 180 kilomètres de long a échappé aux casinos et aux complexes de loisirs dont raffolent les touristes américaines. A la descente du ferry, Don Kel s’avère être le seul chauffeur de taxi du coin. Il attend Léon, l’obstétricien, qui a ouvert une clinique à Governor’s Harbor, le village principal d’Eleuthera. Léon est une star. Tout le monde l’appelle «Doc» en signe de respect. «Et vous, vous êtes venus pour des vacances ? demande-t-il. – Non, nous sommes venus réaliser un reportage sur Lenny Kravitz. – Le chanteur ? Vous devez vous tromper d’île, les stars ne viennent pas jusqu’ici !»

Quand Lenny Kravitz nous ouvre le portail de ce que nous imaginons être une vaste demeure, nous trouvons un chemin de sable blanc qui mène à une plage. Et c’est tout. «Mon grand-père était bahamien, explique le musicien. J’ai passé toute mon enfance dans l’archipel. Mes racines sont ici, ma culture aussi. Ma mère était très attachée à l’endroit.» Le soir, il rejoint l’une des deux cabanes en bois qu’il a fait construire. Ses deux huttes sont situées un peu plus haut sur la colline. «Quand j’ai commencé à avoir du succès, je me suis dit que le jour où tout cela s’arrêterait je n’aurais plus rien. Alors autant acheter des propriétés. Elles, au moins, resteront.» Il y a quelques années, Kravitz s’était offert une «datcha» à Miami. Une maison aux murs rouges, comportant une bonne vingtaine de pièces et un studio d’enregistrement. Mais, comme tous les gadgets, il a fini par s’en lasser. «Je cherche à la vendre depuis trois ans, tout comme mon appartement new-yorkais. Aujourd’hui, je partage ma vie entre trois résidences : les Bahamas, le Brésil, où j’ai investi dans une ferme à cinq heures de route de Rio, et Paris.»



L.K. + AIRSTREAM 

L.K. + AIRSTREAM 

"Vanessa était la femme parfaite"

Car Lenny et la France ont une jolie histoire commune. «C’est chez vous que tout a commencé pour ma carrière, raconte-t-il. J’ai donné un concert aux Transmusicales de Rennes en 1989. Le lendemain, la presse était extatique. Ils avaient, en toute modestie, découvert un génie», plaisante-t-il. La France n’a jamais été pingre avec lui. Surtout lorsqu’il a partagé la vie de Vanessa Paradis. «J’étais fou amoureux d’elle. Mais j’avais alors beaucoup de mal à gérer certains démons, et notamment celui de ma relation avec mon père. Je ne comprenais pas pourquoi il galopait autant après les femmes. Et, forcément, on reproduit très vite les mêmes schémas... Vanessa était la femme parfaite mais elle est arrivée au mauvais moment. Je le regrette. Et j’espère qu’elle lira ces lignes. C’est par mon biais qu’elle a rencontré Johnny Depp. Depuis, je ne l’ai jamais revue. Elle n’est pas venue à mes concerts, nous n’avons plus eu de contacts. Je ne peux que lui souhaiter d’être heureuse. Mais je sais qu’un jour nous tomberons l’un sur l’autre. Et il sera temps de parler de tout ça... Je ne suis pas inquiet.»

Depuis leur séparation en 1994, le chanteur avait toujours, jusqu’à présent, refusé d’évoquer cette histoire. On le sent méfiant, mal à l’aise lorsqu’il s’agit de parler de lui. «Si vous voulez vraiment savoir qui je suis, vous n’avez qu’à écouter mes chansons. Tout est dedans depuis le début... Je n’ai vraiment rien à cacher.» Après un déjeuner frugal dans sa cantine locale, The Laughing ­ Lizard Cafe, il décide de nous emmener au village. «Vous allez comprendre pourquoi j’ai la tête sur les épaules.» Tout le monde le connaît à Eleuthera, mais personne ne le voit. «Quand j’ai commencé à être reconnu dans les rues de Los Angeles, je suis venu ici, où l’on ne me demande jamais quoi que ce soit. Ce samedi, une fête se déroule à côté de la station-service. Quand il arrive au volant de sa Jeep, aucune émeute à l’horizon. « Vous voyez ces types qui se passent un joint sous les arbres ? Ce sont mes amis. Je ne sais toujours pas s’ils ont vraiment compris ce que je faisais.»

Plus loin, sa cousine Rebecca et ses cinq enfants sont ravis de le voir. «J’ai grandi avec une mère célèbre, Roxie Roker, rappelle- t-il. Pendant dix ans, elle a tenu le rôle principal de "The Jeffersons", l’une des séries télévisées les plus populaires des Etats- Unis. Quand je suis devenu célèbre à mon tour, j’étais prêt. Ma mère m’a toujours demandé de faire mon lit, d’être respectueux. Elle m’a élevé dans la normalité.» Quand il l’évoque, Kravitz prend des accents de sincérité. «J’ai eu la chance de baigner dans un milieu culturel aisé. Mon père, lui, côtoyait tous les jazzmen new-yorkais. A Los Angeles, avec ma mère, je passais ma vie sur les plateaux de télé. Dès que je sortais de l’école, je la rejoignais sur les tournages. J’ai eu accès à la culture grâce à mes parents. A 15 ans, j’ai décidé de devenir musicien.

Elle m’a laissé vivre mon aventure. Je sais ce que je lui dois.» Une collection de photos intimes

De retour dans sa cabane, il profite de quelques moments de répit pour appeler Zoë, sa fille, 20 ans en décembre dernier. «Elle vit avec moi depuis qu’elle a 11 ans. La séparation avec sa mère a été très douloureuse. C’est tout le sujet de mon deuxième album. Maintenant, tout va mieux. Je pense être un bon père. Zoë a longtemps voulu partir en tournée avec moi, elle a beaucoup bourlingué. Depuis quelques années, elle vit à New York.» Il s’empresse de nous montrer une photo d’elle, prise il y a quelques mois. «Elle est belle, hein ?» L’image est sublime. Depuis notre arrivée, Lenny ne s’est jamais séparé de son Leica digital. «C’est mon ami Mark Seliger qui m’a poussé à me mettre à la photographie. Depuis trois ans, je shoote beaucoup de portraits. L’édition russe de « Vogue » m’a demandé un portfolio de mes amis.»

Sous nos yeux défilent des images intimes de Lionel Richie, Robert Plant, Johnny Hallyday, Ron Wood, Jay-Z, Beyoncé, Jean 

Reno. Toutes prises sur le vif, lors d’une soirée à la maison ou d’un dîner au restaurant. Kravitz n’a pas du talent seulement pour la musique... La journée a été longue. Il promet de nous appeler plus tard pour nous emmener dans son studio. «Je travaille sur mon prochain disque, “Negrophilia”, un mélange de toutes mes influences, avec des sons africains, des sons sud-américains et des chansons plus rock. J’ai commencé cet album en 1994. Entre-temps, j’ai

été happé par d’autres projets. Mais, cette fois, je le termine. Cela me tient vraiment à cœur.» Sa prochaine venue en France enthousiasme Lenny. «C’est la première fois que je me lance chez vous dans une tournée aussi importante. Depuis que j’ai découvert Paris, je me suis toujours senti attaché à cette ville. J’aime ses gens, sa sophistication...» Il y a quatre ans, Lenny s’est donc mis en tête d’investir dans un endroit à lui.

«J’ai rencontré la responsable d’une agence immobilière, Mme Watson, qui possédait un bon carnet d’adresses. Nous avons passé des semaines à chercher ensemble. En discutant avec elle, elle m’a dit avoir vécu aux Bahamas, mais je ne la croyais pas vraiment... Un jour, elle a fini par dénicher LE lieu de mes rêves. C’était du sérieux, un projet qui allait me coûter très cher. J’ai dit oui.» Quand elle est arrivée chez lui à New York pour finaliser l’achat, Lenny hébergeait sa cousine Jenifer, également originaire des Bahamas. «Lorsque je lui ai présenté Mme Watson, elle a eu un choc. Elle l’avait rencontrée vingt-cinq ans auparavant, quand elle vivait dans l’archipel. Mme Watson connaissait ma famille sans le savoir ! C’est un signe qui ne trompe pas...» Après deux années de travaux et une addition conséquente, Lenny a investi son palace du XVIe arrondissement en 2007. Inutile d’insister pour qu’il nous en ouvre les portes... «OK, je vous ai dit que je n’avais rien à cacher, mais là, c’est mon antre.

Vous avez déjà vu les Bahamas, c’est pas mal, non ?»